Bien-être au travail : les praticiens en ergonomie appelés à changer la donne

octobre 19th, 2021

Bien-être au travail : les praticiens en ergonomie appelés à changer la donne

par Lucy Hart

Le bien-être est un concept aux multiples facettes, qui se rapporte à la personne dans son ensemble et englobe tant le corps que l’esprit. Cet état de sérénité se traduit notamment par une efficacité et une productivité accrues au travail. D’ailleurs, depuis le début de la pandémie de COVID-19, le bien-être des employés s’affirme comme un ingrédient indispensable au bon fonctionnement des entreprises. Conscients de cet enjeu, les employeurs du monde entier multiplient les efforts pour l’ériger en priorité absolue et adoptent même des programmes holistiques visant à l’instituer comme un des fondements de leur culture d’entreprise.

L’ergonomie a justement vocation à maximiser le bien-être des employés et le rendement au travail. Cependant, de nombreux praticiens se retrouvent englués dans une gestion étriquée au cas par cas, qui les empêche d’aborder les problèmes dans leur globalité. Ils ne peuvent donc mettre en œuvre les changements nécessaires à l’échelle de l’entreprise, qui auraient pourtant un retentissement bien plus large sur le bien-être des employés. L’évaluation de l’ergonomie des postes de travail constitue à ce titre un exemple frappant. Le plus souvent, le praticien est en effet appelé à déterminer et à résoudre les problèmes au cas par cas, et non à l’échelle du collectif. Il n’est alors pas en mesure d’accompagner un changement plus profond et de s’attaquer aux « racines du mal » : impossible par exemple de réguler la charge psychologique, de favoriser une meilleure gestion de la charge de travail ou d’instaurer une procédure normalisée visant à concevoir pour chacun un poste de travail adapté et sécuritaire. Afin de ne plus être enfermé dans un rôle purement réactif de technicien spécialisé et de se poser en artisan proactif d’un changement global, il est par conséquent essentiel de replacer l’ergonomie dans un contexte plus large.

Reconnue mondialement, la norme de construction WELL donne l’occasion aux diverses parties prenantes de collaborer à l’échelle globale en vue d’accroître le bien-être des employés. Lancé en 2014 par l’International WELL Building Institute (IWBI), WELL est le premier système d’évaluation à cibler exclusivement les enjeux de santé physique et psychologique et de mieux-être dans les environnements bâtis. Jusqu’à l’apparition de cet outil, les stratégies visant à améliorer la durabilité humaine n’avaient joué qu’un rôle relativement mineur dans l’évolution des normes de construction.

 

S’appuyant sur des données probantes, WELL permet de mesurer, de certifier et de contrôler la performance relative à certaines caractéristiques des bâtiments qui ont une influence sur la santé et le bien-être des personnes. Il se fonde sur une approche holistique qui définit un cadre précis, régissant tant la conception que les politiques ou les protocoles opérationnels. Un peu plus d’une centaine de caractéristiques des bâtiments ont été recensées et réparties en 10 concepts de base : air, eau, nutrition, lumière, forme physique, confort thermique, acoustique, matériaux, esprit et communauté. Chacune de ces caractéristiques est considérée soit comme une condition préalable à remplir, soit comme un objet possible d’optimisation. Les conditions préalables constituent l’ADN d’un espace certifié WELL et doivent être satisfaites, quel que soit le type de projet. À noter que les 10 concepts WELL comprennent tous des conditions préalables. Les optimisations suggèrent quant à elles des stratégies facultatives, susceptibles d’être mises en place pour obtenir l’un des quatre niveaux de certification. Les caractéristiques bêta correspondent enfin à des optimisations qui ouvrent la voie à des stratégies nouvelles, émergentes ou encore inappliquées et visent une amélioration et un perfectionnement continus.

Deux des caractéristiques se rattachant au concept de forme physique ont trait à l’ergonomie du poste de travail. C’est le cas de la caractéristique V02 Ergonomie visuelle et physique qui est désignée comme une condition préalable. Pour obtenir la certification, il est donc obligatoire de mettre à disposition du personnel du mobilier de travail ergonomique et d’offrir une formation exhaustive sur les différents réglages possibles. La caractéristique V07 Mobilier actif concerne elle aussi l’ergonomie du poste de travail. Elle fait partie des optimisations et vise à proposer un mobilier actif en vue d’encourager l’activité physique.

L’ajout au concept de forme physique d’une caractéristique bêta qui se rapporte à la planification de l’ergonomie marque un véritable tournant. En effet, elle montre que la macro-ergonomie tend à s’implanter progressivement dans la philosophie du système WELL. L’IWBI a travaillé de concert avec le Comité consultatif sur le concept de forme physique, dont plusieurs membres sont ergonomes, afin de mettre au point ce nouveau critère. Dans le cadre de la caractéristique V11β Planification de l’ergonomie, il est conseillé de collaborer avec un ergonome certifié en vue d’élaborer une planification de façon complète. Il est également demandé de s’engager à une amélioration constante de la conception ergonomique, et de fournir un soutien adapté aux travailleurs à distance. Cette caractéristique préconise en outre d’incorporer l’ergonomie dans le document qui décrit la mission de santé du projet. La rédaction d’un tel document est explicitement exigée dans la caractéristique CO2 Conception intégrée, qui constitue l’une des conditions préalables du concept de communauté. Mais il n’est pas du tout certain que la caractéristique V11b continuera de faire l’objet d’améliorations ou sera convertie en une caractéristique primaire de WELL v2. En effet, tout dépendra des commentaires reçus à l’issue des différents projets qui prévoient mettre en œuvre une planification ergonomique complète pour obtenir la certification. La prise de conscience autour de cette caractéristique et son utilisation sont non seulement essentielles à son essor et à son évolution, mais aussi à l’avènement de la macro-ergonomie pour améliorer le bien-être des employés. Si les projets se détournent de la V11β, elle pourrait tout simplement être amenée à disparaître.

APPEL À L’ACTION :

Je vois WELL comme un catalyseur qui permet aux praticiens en ergonomie d’instaurer des transformations à l’échelle globale et de changer la donne en matière de bien-être au travail. Voici quelques conseils pour vous engager dans ce processus :

  • Apprenez-en davantage sur le bien-être et sur WELL et diffusez le plus largement possible vos connaissances. De nombreuses ressources sont à votre disposition sur le site https://www.wellcertified.com/.
  • Utilisez WELL comme un recueil de pratiques exemplaires. Il peut s’agir d’un bon point de départ si vous ou vos clients commencez seulement à vous intéresser à la problématique du bien-être.
  • Soyez attentif à toute nouvelle mise à jour, car le Comité consultatif sur le concept de forme physique poursuit les discussions sur l’intégration de la macro-ergonomie au système WELL.
  • Étoffez vos connaissances en matière de macro-ergonomie et de conception de systèmes de travail. Affûtez également vos compétences en médiation, en négociation et en leadership afin d’instaurer un dialogue efficace et constructif avec les parties prenantes.
  • Impliquez-vous davantage dans la communauté WELL, en obtenant le titre de professionnel agréé WELL ou en vous joignant à un comité consultatif sur l’un des concepts WELL.

Portez-vous bien!

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A propos Lucy Hart?

Lucy Hart, MSc, CCPE, WELL AP est la directrice de l'ergonomie et du bien-être au travail chez ergoCentric. Elle est une ergonome professionnelle certifiée canadienne (CCPE) et une professionnelle accréditée WELL. Lucy préside le sous-comité d'ergonomie de la BIFMA (Business and Institutional Furniture Manufacturer's Association) qui a élaboré et maintient la ligne directrice de l'industrie en matière d'ergonomie. En tant que présidente du comité technique de la CSA sur l'ergonomie du bureau, elle a dirigé la révision de la norme CSA Z412, qui est passée de ligne directrice à une norme d'application de l'ergonomie du bureau pour le groupe de l'Association canadienne de normalisation (CSA). Elle est également co-présidente du Comité international de sensibilisation pour la conférence sur l'ergonomie appliquée.


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